11°58'S 49°02'ELes fonds
La pêche sportive au large
La grande pêche au large de Diégo-Suarez : le marlin, le voilier, le thon, ce que la saison permet, et pourquoi ces fonds ont fait la réputation du nord.
Relevé par Basile Ravelo · relu par Inès Ratsima · 624 mots · 3 min de lecture ·

Le nord de Madagascar a fait sa réputation de pêche sportive sur une coïncidence : le canal du Mozambique y est profond, le plateau y tombe vite, et les poissons de haute mer passent à portée d'une journée de bateau. On n'a pas besoin de courir une semaine pour trouver le bleu ; une demi-journée de route suffit à mettre les lignes sur des fonds qui montent de mille mètres à cent. Un journal de bord tient les sorties, et le séjour tenu comme un journal en Dordogne fait la même chose à sec : ce qui se relève au long cours finit par faire une carte.
Ce que le large donne
Le marlin bleu et le marlin noir passent dans la saison chaude, quand l'eau monte au-dessus de vingt-sept degrés. Le voilier, plus commun et plus joueur, se prend presque toute l'année sur les traînées de bordure. Le thon jaune, le thon à dents de chien, le wahoo et la carangue ignobilis complètent le tableau : le large de Diégo n'est pas une pêche d'un seul poisson, c'est une pêche de tableau. Les records de la région ont été pris à moins de vingt milles de la passe, par des bateaux qui partaient de la rade le matin et rentraient pour le dîner.
Ce qu'elle exige
La pêche au large ici se fait sur des unités de dix à quatorze mètres, équipées pour la traîne, avec des sorties qui comptent en milles et en heures. Le vent du sud-est, le Varatraza, fixe la fenêtre : d'avril à novembre il souffle régulier, et les sorties se jouent à l'aube avant qu'il ne force. En saison des pluies, le programme se décide au jour le jour, entre deux grains. Le camp de pêche qui travaillait ces fonds dans les années 2000 faisait dormir les pêcheurs à terre et les mettait à l'eau avant six heures ; la discipline n'a pas changé.
Le matériel et le poisson
Les sorties sérieuses se font sur des unités de dix à quatorze mètres, équipées pour la traîne hauturière : quatre à six lignes, combinaisons de leurres et d'appâts selon ce que la semaine a donné, porte-cannes et chaise de combat quand le poisson le demande. Le marlin se joue à la traîne rapide, le voilier et le thon à la traîne mixte, la carangue et le thon à dents de chien au jig ou au popper sur les chasses de surface. Le poisson qui n'est pas gardé pour la table est relâché, mesuré et noté : les carnets des camps du nord ont ainsi accumulé vingt ans de statistiques que la science locale utilise encore.
Le tableau des saisons
Le carnet des camps du nord tenait un tableau simple : la grande pêche (marlin, gros thon) de novembre à mars, quand l'eau chaude pousse les poissons vers la côte ; la pêche de bordure (voilier, carangue, petit thon) presque toute l'année ; et les mois de transition où le programme se décide à la sortie de la passe. Le voyageur qui vient pour un poisson précis choisit sa fenêtre ; celui qui vient pour la pêche choisit la saison sèche, où le vent garantit les sorties.
Le relevé, corrigé
Les positions des bancs se gardent comme des secrets de famille, et le carnet n'en publie aucune précise : elles appartiennent aux patrons qui les ont payées en heures de moteur. Ce que le carnet affirme, c'est le carré : au sud-ouest de la passe, entre le Cap d'Ambre et les tombants qui descendent vers le canal. Le reste se négocie au ponton, le matin, avec le patron qui sort.


